Le panettone occupe une place à part dans la pâtisserie mondiale. Né dans les boulangeries de Milan, ce dôme doré aux fruits confits a traversé les sièclés, les frontières, et même un océan, pour devenir le dessert de Noël le plus partagé de la planète latine. Sa pâte légère, sa croûte incisée en croix, son parfum d’agrumes et de levain naturel racontent à eux seuls cinq sièclés d’histoire italienne.
Pourtant, beaucoup l’achètent sans vraiment le connaître. On confond souvent panettone et pandoro, on choisit au hasard entre un produit industriel à 8 € et un panettone artisanal à 45 €, et on l’oublie au fond d’un placard une fois les fêtes passées. Dommage. Ce gâteau mérite mieux. Voici tout ce qu’il faut savoir pour choisir et déguster un vrai panettone.
Aux origines du panettone : la légende et l’histoire
Le mot « panettone » vient de l’italien panetto (petit pain), suivi du suffixe augmentatif -one. Littéralement : « gros pain ». L’histoire officielle est plus floue. Plusieurs légendes circulent à Milan, et toutes pointent vers la cour des Sforza au XVe sièclé.
La plus connue raconte qu’un cuisinier de Ludovic Sforza, duc de Milan, devait préparer un dîner de Noël somptueux. Le dessert, oublié au four, brûla complètement. Toni, un petit garçon de cuisine, sortit alors d’un placard les restes : un peu de farine, du beurre, des œufs, de l’écorce de cédrat, quelques raisins. Il avait pétri le tout le matin. Servi aux invités, le pain rustique fit l’unanimité. Le cuisinier, interrogé sur le nom de cette douceur, répondit en dialecte lombard : l’è ‘l pan del Toni (« c’est le pain de Toni »). De pan de Toni à panettone, il n’y a qu’un pas.
Une autre origine, plus prosaïque, vient des règles strictes de la corporation des boulangers milanais au XVe sièclé. Le pain blanc, fait de pur froment, était interdit au peuple. Les pauvres mangeaient le pan de mej (à base de millet). Une exception toutefois : le jour de Noël. Ce jour-là, les boulangers offraient à tous le pan de scior, le pain des seigneurs, enrichi de beurre, de miel et de muscat d’Alexandrie. On l’appelait aussi pan de ton, le pain de luxe. Cette tradition rituelle a probablement donné naissance au gâteau qu’on connaît.
La trace écrite la plus solide se trouve dans le registre des dépenses de l’Almo Collegio Borromeo de Pavie, daté du 23 décembre 1599. La liste de courses pour le repas de Noël prévoit cinq livres de beurre, deux de raisins secs et trois onces d’épices, données au boulanger pour confectionner treize « gros pains » destinés aux écoliers. Un repas de Noël qui semble familier, quatre sièclés plus tard.
La première recette imprimée date de 1853. On la trouve dans la troisième édition du Nuovo cuoco economico milanese de Giovanni Felice Luraschi, sous le titre Pasta per far panatoni. À cette époque, le gâteau commence déjà à voyager : durant l’occupation autrichienne, le gouverneur de Milan, Ficquelmont, l’envoyait chaque hiver comme cadeau personnel au prince Klemens von Metternich.
De Milan au monde entier : la révolution industrielle du panettone
Tout change en 1919. Cette année-là, un boulanger milanais nommé Angelo Motta à une idée qui va transformer la production. Il décide de faire lever sa pâte trois fois, sur près de vingt heures, et de la faire cuire dans un moule haut. Résultat : un dôme spectaculaire à la mie aérée, totalement différent du panettone plat des artisans traditionnels. La marque Motta naît, et avec elle, la version moderne du gâteau.
Six ans plus tard, Gioacchino Alemagna reprend la recette et lance sa propre marque, qui existe encore aujourd’hui. Angelo Vergani fait de même en 1944. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la concurrence entre ces trois maisons fait baisser les prix et démocratise le panettone dans toute l’Italie. Nestlé absorbera Motta et Alemagna à la fin des années 1990, avant de revendre les deux marques à Bauli, une entreprise basée à Vérone qui les exploite toujours.
Le gâteau ne reste pas en Italie. Les immigrés lombards l’apportent en Argentine, au Brésil et en Uruguay, où il devient un classique des fêtes consommé avec du chocolat chaud ou de la liqueur. Au Pérou, Antonio d’Onofrio adapte la recette d’Alemagna en remplaçant le cédrat par de la papaye confite. Sa marque, devenue propriété de Nestlé, est aujourd’hui exportée dans toute l’Amérique latine. Au Brésil, le panettone est même devenu un cadeau d’entreprise standard pour Noël, distribué par millions d’unités chaque décembre.
À Milan, l’artisanat n’a jamais disparu. Depuis 2013, un concours annuel récompense le meilleur panettone traditionnel d’Italie. En 2016, le prix a été remis à Giuseppe Zippo, un pâtissier de Specchia, dans les Pouilles. Preuve, s’il en fallait, que l’expertise s’est exportée bien au-delà de la Lombardie.

Ce qui définit un véritable panettone artisanal
Tous les gâteaux dorés en forme de dôme ne sont pas des panettoni. Pour mériter ce nom, un panettone artisanal doit respecter une liste précise d’ingrédients et une méthode codifiée par la tradition milanaise. La législation italienne (décret du 22 juillet 2005) protège même l’appellation : un produit vendu comme « panettone » doit contenir au minimum 16 % de beurre, 4 % de jaunes d’œuf, et 20 % de raisins et fruits confits.
Voici les ingrédients classiques d’un panettone artisanal :
- Farine de blé tendre, riche en gluten (W élevé, autour de 380-420)
- Beurre frais, jamais de margarine
- Œufs entiers et jaunes pasteurisés
- Sucre, sel, lait
- Levain panaire naturel (pas de levure de boulanger industrielle)
- Raisins sultanines réhydratés
- Écorces confites d’orange et de cédrat
- Vanille (souvent une gousse, pas un arôme)
Côté forme, le panettone se distingue immédiatement de son cousin pandoro. Le dôme mesure entre 12 et 15 cm de hauteur pour un gâteau d’un kilo. La base est ronde, jamais étoilée. Le sommet est marqué d’une croix, incisée juste avant la cuisson : c’est la scarpatura, signature visuelle du gâteau milanais. À l’intérieur, la mie doit présenter une alvéole irrégulière, presque cotonneuse, qui se déchire en filaments sous la dent. Une mie compacte ou trop régulière trahit un produit industriel ou raté.
Les étapes clés de la fabrication traditionnelle
Faire un panettone artisanal prend trois jours. Pas une heure, pas une après-midi. Trois jours. C’est ce qui justifie l’écart de prix entre un produit de supermarché et un panettone signé d’un pâtissier. Voici comment ça se passe en boulangerie.
| Étape | Description | Durée approximative |
|---|---|---|
| Rafraîchir le levain | Le *lievito madre* est nourri en farine et eau, puis laissé fermenter | 12 à 24 heures |
| Premier pétrissage | Mélange du levain avec farine, beurre, sucre, jaunes | 30 minutes |
| Première levée | À 26-28 °C, en chambre humide | 10 à 12 heures |
| Second pétrissage | Ajout des fruits confits, raisins, vanille, sel | 20 à 30 minutes |
| Façonnage | *Spezzatura* (division), *pirlatura* (boules), pose en moule | 30 minutes |
| Levée finale | Dans le moule papier (*pirottino*) | 6 à 8 heures |
| Scarpatura | Incision en croix au sommet juste avant cuisson | 1 minute |
| Cuisson | À 170 °C en four classique | 40 à 50 minutes pour 1 kg |
| Refroidissement | Le gâteau est retourné à l’envers, suspendu par des broches | 8 à 12 heures |
Le retournement après cuisson est une étape étonnante mais essentielle. Si le panettone refroidit à l’endroit, son poids et la chaleur résiduelle le font s’affaisser. Pour éviter ça, on l’embroche par la base et on le laisse pendre la tête en bas pendant des heures. La structure se fige, le dôme tient.
Ce qui frappe dans cette méthode, c’est qu’elle n’a presque pas changé depuis Motta en 1919. Les fours ont évolué, les chambres de pousse aussi, mais le rythme général (trois jours, trois levées, retournement) reste identique. C’est ce respect du temps long qui donne au gâteau son moelleux et son parfum si particuliers.
Reconnaître un bon panettone à la dégustation
Quand on coupe un panettone, les premiers indices apparaissent. La croûte doit être souple, pas cassante, et virer du jaune doré au brun léger sur le dessus. L’odeur, dès l’ouverture, doit évoquer le beurre, l’orange et un fond légèrement acidulé du levain. Une absence de parfum, ou pire, une note chimique de vanilline synthétique, signale un produit industriel bas de gamme.
À l’œil, la mie idéale à des trous irréguliers, certains gros, d’autres minuscules, distribués sans ordre. Une mie en nid d’abeille trop régulière indique souvent l’utilisation d’améliorants. Les fruits confits doivent être visibles mais bien répartis, ni concentrés au fond ni absents en surface.
En bouche, on cherche trois sensations qui se succèdent :
- Le moelleux, presque cotonneux, sans humidité collante
- Le beurre frais qui fond sur la langue
- La pointe acidulée du levain, suivie du parfum d’agrumes
Un panettone qui s’effrite dès la première bouchée a manqué de gluten ou a été pétri trop court. Un panettone qui colle au palais a été trop sucré ou contient trop de fruits confits humides. Un panettone qui sent fort la levure de boulanger a été pressé : pas assez de fermentation longue, donc pas de saveur complexe.
Panettone industriel ou artisanal : comment choisir
Le rayon panettone d’un supermarché italien fin novembre est un champ de bataille. Des dizaines de marques, des prix qui vont de 5 € à 60 €, des emballages plus brillants les uns que les autres. Comment trancher ? Quelques règles simples aident à ne pas se tromper.
Lisez l’étiquette. Un bon panettone industriel honnête contient : farine, levain naturel, beurre, sucre, jaunes d’œuf, raisins, écorces confites, vanille, sel. C’est tout. Si vous voyez apparaître mono- et diglycérides d’acides gras, mono-stéarate de sorbitan, arômes artificiels ou « graisses végétales », passez votre chemin. Ces additifs servent à compenser la fermentation rapide et donnent une mie artificiellement souple.
Regardez le prix au kilo. En 2026, un panettone honnête de marque industrielle se trouve autour de 12 à 18 €/kg. En dessous, on entre dans le très basique, avec souvent de la margarine et des arômes. Au-dessus de 30 €/kg, on monte chez l’artisan, avec un prix qui reflète les trois jours de production et les ingrédients haut de gamme. Les pâtissiers les plus côtés (Iginio Massari à Brescia, Roy Shvartzapel aux États-Unis, ou Olivier Haustraete chez Boulom à Paris) dépassent largement les 50 €/kg, et la liste d’attente peut atteindre plusieurs semaines.
| Type | Prix au kilo | Ingrédients typiques | Conservation |
|---|---|---|---|
| Industriel premier prix | 5 à 10 €/kg | Margarine, arômes, conservateurs | 4 à 6 mois |
| Industriel honnête (Motta, Bauli, Tre Marie) | 12 à 18 €/kg | Beurre, levain naturel | 3 à 4 mois |
| Semi-artisanal | 25 à 35 €/kg | Beurre AOP, vanille naturelle | 1 à 2 mois |
| Artisanal milanais | 40 à 80 €/kg | Levain madre, fruits confits maison | 3 à 6 semaines |
Comment servir et déguster le panettone
Servir un panettone se prépare. Sortez-le du placard au moins deux heures avant : froid, il perd son moelleux. Quelques minutes au four à 50 °C suffisent à réveiller les arômes du beurre et des agrumes, sans cuire à nouveau la pâte. Certains pâtissiers conseillent même de le passer 30 secondes au four à micro-ondes, mais le résultat dépend beaucoup de l’appareil.
Pour la coupe, deux écoles s’opposent. La méthode milanaise traditionnelle veut qu’on tranche le panettone en huit ou dix parts verticales, comme un gâteau, avec un couteau-scie bien aiguisé. La méthode familiale plus moderne préfère trancher horizontalement, en disques, ce qui donne des portions plus régulières mais perd le geste rituel.
Côté boissons, les accords classiques sont :
- Asti spumante, mousseux doux du Piémont (l’accord le plus traditionnel)
- Moscato d’Asti, un peu moins effervescent, plus fruité
- Recioto della Valpolicella, vin rouge passerillé pour les amateurs
- Un café espresso serré, à l’italienne (le matin)
- Un chocolat chaud épais, à la vénézuélienne ou à la sud-américaine
Évitez les vins secs, les rouges tanniques et les alcools forts type whisky : ils écrasent le gâteau au lieu de le sublimer. Si vous voulez une option sans alcool, un thé noir aromatisé à l’orange ou à la bergamote (Earl Grey, par exemple) fonctionne très bien.
Au-delà de Noël : que faire d’un panettone qui reste
Acheté pour les fêtes, oublié dans le placard jusqu’en février… le panettone qui sèche est un classique. Plutôt que de le jeter, il existe plusieurs manières de le réutiliser. Sa structure beurrée et briochée se prête à tout ce qu’on ferait avec un pain perdu ou un gâteau rassis.
Quelques idées qui marchent :
- Pain perdu de panettone : tremper des tranches dans un mélange œuf-lait-vanille, dorer à la poêle. C’est mille fois meilleur qu’avec une baguette.
- Tiramisu de panettone : remplacer les biscuits à la cuillère par des tranches imbibées de café et liqueur. La texture moelleuse change tout.
- Pudding sucré : couper en cubes, alterner dans un plat avec une crème anglaise, cuire 30 min à 160 °C. Un dessert d’hiver qui réchauffe.
- Glace au panettone : mixer en chapelure, incorporer à une glace vanille en fin de turbinage. Texture surprenante.
- Truffes : émietter, lier avec un peu de mascarpone et de chocolat fondu, rouler en boules, enrober de cacao.
Cette logique de seconde vie fait partie de la cuisine italienne traditionnelle. À Milan, les trattorie anciennes proposaient déjà au mois de janvier un pan de tramvai, dessert né du panettone restant des fêtes, mélangé à du lait, des œufs et du sucre, puis recuit.
Conserver et réchauffer un panettone
Un panettone artisanal se garde entre trois et six semaines à température ambiante, dans son sachet d’origine fermé. Le secret ? Le sucre et le beurre, qui agissent comme conservateurs naturels, et le levain naturel, qui acidifie légèrement la mie et freine le développement des moisissures. Pas besoin de réfrigérateur. Au contraire : le froid fige le beurre, durcit la mie et accélère le rassissement.
Une fois entamé, le gâteau perd plus vite son moelleux. Pour le garder en bon état trois ou quatre jours :
- Refermez la coupe avec du film alimentaire au contact
- Stockez à température ambiante, à l’abri de la lumière
- Évitez les emballages plastiques fermés hermétiquement, qui favorisent la condensation
Si le panettone a vraiment séché, un passage rapide au four (60 °C, 5 minutes) ou un saumon de café noir versé sur la tranche redonnent un peu de souplesse. Pour un stockage long, vous pouvez aussi couper en tranches et congeler dans des sachets sous vide : ça tient parfaitement deux mois et la texture revient en décongelant à température ambiante.
Questions fréquentes sur le panettone
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▸Combien de temps se conserve un panettone ?
▸Pourquoi le panettone artisanal coûte-t-il si cher ?
▸Peut-on faire un panettone maison sans levain naturel ?
▸Quel vin servir avec un panettone au chocolat ?
▸Le panettone contient-il des œufs crus ?
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