Sortez un pandoro de sa boîte cartonnée, secouez-le doucement avec son sachet de sucre glace, et toute la pièce sent la vanille. C’est ça, l’effet pandoro. Cette brioche en forme d’étoile à huit branches, née à Vérone en 1894, fait partie des deux gâteaux qui s’invitent sur toutes les tables italiennes en décembre. Plus simple que le panettone, plus beurrée aussi, elle s’est taillée une place de choix bien au-delà des frontières de la Vénétie. Voici tout ce qu’il faut savoir pour comprendre, choisir, déguster et même tenter de cuisiner ce dessert qu’on appelle aussi le pain d’or.
Pandoro : un pain d’or né à Vérone
Le mot vient de l’italien pane d’oro, littéralement « pain d’or ». Une formule qui dit tout : la mie est jaune, presque solaire, parfumée à la vanille, et la croûte garde cette même teinte dorée qui justifie le nom. À l’origine, des préparations sucrées proches existaient déjà dans la Rome antique, et un certain pan de oro vénitien circulait dès le XIIIe sièclé dans les maisons aisées de Venise.
La ville de Vérone, en Vénétie, revendique la paternité du gâteau moderne. C’est là, dans une pâtisserie située au centre historique, qu’a été déposé le brevet en 1894. La forme en tronc conique avec une section en étoile à huit branches lui donne sa silhouette si reconnaissable, qu’aucun autre gâteau italien ne partage. On le sert toujours saupoudré de sucre glace au moment de la découpe, ce qui crée cette image de petite montagne enneigée que les Italiens associent aux fêtes.
Aujourd’hui le pandoro figure parmi les desserts les plus consommés dans toute l’Italie pour Noël. On le retrouve dans pratiquement tous les supermarchés, des marques industrielles aux versions artisanales vendues dans les pâtisseries. À l’étranger, il commence à concurrencer sérieusement le panettone, en partie parce qu’il plait aux personnes qui n’aiment pas les fruits confits.
De Domenico Melegatti à la table de Noël
L’histoire moderne commence le 14 octobre 1894. Ce jour-là, le confiseur véronais Domenico Melegatti dépose un brevet pour une recette qu’il a mise au point dans son laboratoire. Il s’inspire d’un gâteau plus ancien, le Nadalin, une pâte au levain recouverte d’amandes et de sucre que les Véronais préparaient déjà pour Noël depuis le Moyen Âge. Melegatti à une idée simple : il enrichit la pâte en œufs et en beurre, beaucoup, jusqu’à obtenir une mie souple, presque mousseuse, sans aucun fruit ni amande pour l’alourdir.
La forme en étoile, elle, n’est pas de lui. C’est le peintre Angelo Dall’Oca Bianca, ami de Melegatti, qui en a eu l’intuition. L’artiste avait représenté un gâteau de cette silhouette dans une de ses toiles, et son ami pâtissier a aimé l’idée au point d’en faire fabriquer un moule sur mesure. Cette signature visuelle a fait le succès commercial du pandoro dès les premières années.
Le nom « Melegatti » est resté collé au pandoro pendant tout le XXe sièclé. La marque est même un temps devenue presque générique en Italie, comme « Frigo » l’a été pour le réfrigérateur en France. Puis d’autres industriels véronais et lombards se sont engouffrés dans la brèche : Bauli en 1922, Paluani plus tard, Balocco depuis le Piémont. Aujourd’hui ces quatre noms se partagent l’essentiel du marché, avec des recettes qui restent proches mais des nuances notables sur le beurre, la vanille et la levée.

Une mie dorée, beurrée, parfumée à la vanille
Quand on coupe une tranche, on voit d’abord la couleur. Un beau jaune profond, signe d’une pâte riche en jaunes d’œufs. Plus la teinte est franche, plus la quantité d’œufs est importante. Les versions premier prix tirent souvent vers un jaune pâle, presque crème. Les versions artisanales virent à l’or sombre.
Les ingrédients de base ressemblent à ceux d’une brioche enrichie :
- Farine de blé (souvent de type manitoba, riche en protéines, pour soutenir la structure)
- Sucre semoule
- Beurre, en quantité généreuse (entre 20 et 30 % du poids de farine selon les recettes)
- Œufs entiers et jaunes d’œufs
- Levure fraîche ou levain
- Lait
- Vanille naturelle, en gousse ou en poudre
- Beurre de cacao, qui adoucit la mâche et apporte un parfum subtil
Cette dernière ingrédient, le beurre de cacao, distingue le pandoro de la plupart des brioches. Il fond à 30 °C, c’est-à-dire à la température de la bouche, et libère un arôme délicat sans laisser de gras en bouche. C’est un détail technique qui change tout au moment de la dégustation.
Pas de fruits confits, pas de raisins, pas d’amandes : la pâte est volontairement nue. Tout repose sur le contraste entre la mie tendre et le sucre glace qui craque sous la dent. Une fois en bouche, on devrait sentir d’abord la vanille, ensuite le beurre, et enfin une légère note miellée si le pâtissier a bien fait son travail.
Pandoro contre panettone : le duel italien des fêtes
Chaque famille italienne a son camp. Au sud, le panettone milanais l’emporte presque toujours. Au nord-est, autour de Vérone et Venise, c’est le pandoro qui règne. Ailleurs, ça dépend des goûts. La querelle anime les déjeuners de Noël depuis plus d’un sièclé, et même les médias locaux en font leurs gros titres chaque décembre.
Voici ce qui les oppose vraiment :
| Critère | Pandoro | Panettone |
|---|---|---|
| Origine | Vérone (Vénétie) | Milan (Lombardie) |
| Forme | Tronc conique, étoile à 8 branches | Cylindre haut, sommet bombé |
| Couleur de la mie | Jaune doré soutenu | Jaune pâle |
| Garniture | Aucune dans la version classique | Raisins secs et fruits confits |
| Texture | Beurrée, légère, mousseuse | Plus filante, alvéolée |
| Parfum dominant | Vanille | Agrumes confits |
| Finition | Sucre glace vanillé saupoudré | Surface caramélisée parfois aux amandes |
| Temps de préparation | 36 à 48 heures avec levée naturelle | 48 à 72 heures |
Le panettone divise. Il y à les inconditionnels des fruits confits, et ceux qui les détestent. Le pandoro, lui, fait moins polémique : sa neutralité aromatique le rend plus accessible aux enfants et aux palais qui n’aiment pas les notes amères du cédrat ou de l’orange confite. C’est aussi pour ça qu’il marche bien à l’export, là où la culture des fruits confits est moins ancrée.
Côté texture, les avis se croisent. Certains préfèrent la mie filante et alvéolée du panettone, qui garde mieux l’humidité. D’autres trouvent le pandoro plus moelleux à la première bouchée, mais aussi plus sec après deux ou trois jours. Question d’habitude.
La recette du pandoro maison étape par étape
Faire un pandoro chez soi est un projet de week-end, pas une recette du dimanche après-midi. Il faut compter environ 36 heures du début à la fin, dont la majorité passive (levées au frais, repos au chaud). Pour un moule classique d’un kilo, voici les grandes étapes.
Préparer le miel aromatisé (la veille au soir). Râper les zestes d’un citron jaune et d’une orange dans un petit bol. Ajouter les graines d’une gousse de vanille, une cuillère à soupe de miel d’acacia et une cuillère de rhum blanc. Mélanger, filmer, et laisser au réfrigérateur jusqu’au lendemain.
Le pré-ferment (jour 1, après-midi). Délayer 8 grammes de levure fraîche dans 60 grammes de lait tiède. Ajouter 60 grammes de farine manitoba, 20 grammes de sucre, 4 grammes de malt diastasique. Mélanger jusqu’à obtenir une pâte assez liquide. Couvrir et laisser doubler de volume au chaud, environ 1 h 30.
Première pâte (jour 1, soir). Verser le pré-ferment dans la cuve du robot. Ajouter 200 grammes de farine manitoba, 25 grammes de sucre, 25 grammes de lait, 4 grammes de levure fraîche, 1 œuf entier et 1 jaune. Pétrir 8 à 10 minutes avec le crochet. Quand la pâte se détache du bol, incorporer 50 grammes de beurre pommade en plusieurs fois. Couvrir et laisser tripler au chaud, 3 à 4 heures.
Deuxième pâte (le lendemain matin). Reprendre la première pâte. Ajouter 200 grammes de farine, 120 grammes de sucre, le miel aromatisé, 2 œufs entiers et 1 jaune. Pétrir longuement, puis incorporer 130 grammes de beurre pommade morceau par morceau. La pâte doit être souple et brillante, presque élastique. Couvrir, laisser une heure à température ambiante, puis toute la nuit au réfrigérateur.
Boulage et levée finale. Sortir la pâte, dégazer doucement, former une boule lisse en travaillant la surface vers le dessous. Beurrer généreusement le moule à pandoro, déposer la boule au fond. Laisser lever au chaud (25 à 28 °C) pendant 6 à 8 heures, jusqu’à ce que la pâte arrive à 2 cm du bord supérieur.
Cuisson. Préchauffer le four à 170 °C. Enfourner pour 10 minutes, puis baisser à 160 °C et poursuivre pendant 35 à 40 minutes. La sonde doit indiquer 92 °C à cœur. Sortir, laisser tiédir 15 minutes, puis démouler avec précaution sur une grille.
Finition. Une fois totalement froid (au moins 4 heures), saupoudrer de sucre glace mélangé à un peu de poudre de vanille. Le geste classique : mettre le pandoro dans un grand sac, ajouter le sucre, fermer et secouer.
Une astuce qui change tout : ne pas trancher horizontalement comme un cake. La découpe traditionnelle se fait en oblique, en commençant par la pointe, pour libérer un maximum de mie à chaque part.
Variations modernes : fourré, glacé, revisité
La recette traditionnelle se suffit à elle-même, mais les pâtissiers italiens et les marques industrielles n’ont pas résisté à la tentation de la décliner. Le résultat : une vraie diversité de pandoros sur les rayons en décembre.
Les versions les plus répandues :
- Pandoro fourré à la crème au mascarpone. Très populaire en Italie, surtout chez Bauli. La crème est injectée dans la mie ou présentée à part en sachet à étaler.
- Pandoro au chocolat. Soit avec des pépites incorporées dans la pâte, soit recouvert d’un glaçage au chocolat noir ou au lait. Galup, marque piémontaise, fait référence dans ce style.
- Pandoro au limoncello. Version méridionale, fourrée d’une crème parfumée à la liqueur de citron. Surtout présente dans les pâtisseries du sud.
- Pandoro à la pistache. Une création récente, souvent associée au pandoro sicilien revisité.
- Pandoro mignon. Format individuel, parfait pour les petits-déjeuners ou les buffets.
Une autre tendance, plus récente : la version « tiramisu pandoro ». Le gâteau est tranché horizontalement, chaque tranche tartinée d’une crème mascarpone-café et le tout reconstitué en étoile. C’est devenu un classique des desserts de Noël maison en Italie depuis 2018, largement diffusé sur les réseaux sociaux.
Les pâtissiers haut de gamme jouent eux sur le choix du beurre (AOP normand ou italien des Alpes), le type de vanille (Bourbon, Tahiti, Madagascar), et les durées de levée prolongées avec un levain naturel. Les prix grimpent vite : un pandoro artisanal peut atteindre 40 à 60 euros le kilo, contre 4 à 8 euros pour les versions industrielles d’entrée de gamme.
Quel pandoro acheter en grande surface
Le marché français propose chaque année une dizaine de marques différentes, surtout présentes entre fin novembre et début janvier. Voici un repère rapide pour ne pas se tromper en rayon.
| Marque | Origine | Profil | Prix indicatif (1 kg) |
|---|---|---|---|
| Melegatti | Vérone | La référence historique, beurre généreux, vanille marquée | 12 à 18 € |
| Bauli | Vérone | Le plus vendu en grande distribution, équilibré, légèrement sucré | 8 à 14 € |
| Balocco | Piémont | Texture plus aérée, moins beurré, prix bas | 6 à 10 € |
| Paluani | Vérone | Recette classique, format souvent familial 1,2 kg | 8 à 12 € |
| Galup | Piémont | Plus haut de gamme, souvent fourré ou glacé | 15 à 25 € |
| Loison | Vénétie | Artisanal premium, levain naturel, vanille Bourbon | 30 à 50 € |
Quelques règles simples pour bien choisir :
- Lire la liste d’ingrédients. Plus elle est courte, mieux c’est. Les bons pandoros contiennent farine, beurre, œufs, sucre, levure, vanille naturelle, beurre de cacao, sel. Méfiance pour les huiles végétales hydrogénées ou les arômes artificiels.
- Vérifier la part d’œufs frais (le minimum acceptable est 25 %). En dessous, la mie sera pâle et moins savoureuse.
- Préférer la vanille naturelle Bourbon ou Madagascar à la vanilline de synthèse, mentionnée comme « arôme vanille » sans précision.
- Regarder la date de fabrication. Un pandoro frais (moins de 30 jours) sera bien plus moelleux qu’un produit fabriqué en septembre pour les fêtes.
- Si possible, comparer le poids du gâteau au volume du moule : un pandoro dense (peu de levée) sera plus humide et fondant ; un pandoro très léger sera mousseux mais parfois trop sec.
Conserver et déguster ce gâteau de Vérone
Un pandoro entier, dans son sachet d’origine bien fermé, se garde sans souci jusqu’à la date imprimée sur l’emballage, souvent fixée à 4 mois après la fabrication. Une fois ouvert, l’enjeu change : la mie sèche très vite à cause de sa richesse en beurre.
Quelques règles pour prolonger le plaisir :
- Refermer hermétiquement le sachet plastique d’origine après chaque tranche (l’enrouler sur lui-même et fermer avec une pince ou un élastique).
- Le conserver à température ambiante, pas au réfrigérateur. Le froid solidifie le beurre et la mie devient cassante.
- Le consommer dans les 4 à 5 jours après ouverture pour profiter du moelleux.
- Pour le ressusciter quand il commence à sécher : passer une tranche 8 à 10 secondes au micro-ondes à puissance moyenne. Le beurre fond légèrement et la mie redevient tendre.
La congélation marche très bien sur le pandoro entier ou en tranches. Emballé dans du film alimentaire puis dans un sac congélation, il tient 3 mois sans perte de qualité notable. Le décongeler à température ambiante pendant 2 à 3 heures avant dégustation.
Côté dégustation, plusieurs écoles existent. La plus pure : nature, juste saupoudré de sucre glace, accompagné d’un café espresso ou d’un cappuccino. La plus festive : fourré ou tartiné de crème au mascarpone, parfois associée à des fraises ou à un coulis de fruits rouges. La plus alcoolisée : arrosé d’un peu de vin doux comme le Recioto della Valpolicella, le Vin Santo toscan, ou même un mousseux Asti dolce. Les Italiens du nord préfèrent le pandoro avec un Moscato d’Asti, dont les bulles fines et le côté fruité s’accordent à merveille avec la vanille.
Que faire d’une brioche italienne entamée
Un pandoro qui commence à durcir n’est pas perdu. C’est même une matière première rêvée pour plusieurs desserts de récupération que les Italiens préparent traditionnellement entre Noël et le Jour de l’An. Voici quelques pistes simples.
Tiramisu de pandoro. Trancher le pandoro horizontalement en couches d’environ 1,5 cm d’épaisseur. Imbiber chaque tranche de café froid sucré (avec ou sans amaretto), puis tartiner d’une crème mascarpone classique. Reconstituer le gâteau en alignant les pointes ou en les décalant pour obtenir une silhouette d’étoile à plusieurs niveaux. Réfrigérer 4 heures avant de servir.
French toast au pandoro. Battre 2 œufs avec 100 ml de lait, 1 cuillère de sucre et un peu de cannelle. Tremper des tranches de pandoro rassis et les faire dorer à la poêle dans un peu de beurre. Servir tiède avec du sucre glace ou un coulis de fruits rouges.
Pudding au pandoro. Couper le pandoro en cubes, les disposer dans un plat à gratin beurré. Verser dessus un appareil fait de 4 œufs, 50 cl de lait, 100 g de sucre et une gousse de vanille. Laisser reposer 30 minutes, puis cuire au four à 160 °C pendant 35 minutes. Délicieux tiède.
Trifle de pandoro aux fruits. Dans des verres individuels, alterner des dés de pandoro, une crème vanillée ou au mascarpone, et des fruits frais (fraises, framboises, ou agrumes). Une déclinaison parfaite pour le réveillon du Nouvel An.
Pandoro perdu en chapelure sucrée. Mixer le pandoro très sec en chapelure fine, mélanger avec du beurre fondu, du sucre et un peu de cannelle. Cette base remplace une pâte sablée pour des fonds de cheesecake ou de tartelettes aux fruits.
Vos questions fréquentes
.faq-accordion{border:1px solid #e0e0e0;border-radius:8px;margin-bottom:12px;overflow:hidden}.faq-accordion summary{padding:16px 20px;cursor:pointer;font-weight:700;font-size:1.05em;list-style:none;display:flex;align-items:center;gap:10px}.faq-accordion summary::-webkit-details-marker{display:none}.faq-accordion>div{padding:4px 20px 18px 48px;line-height:1.7}▸Quelle est la différence entre un pandoro et un panettone ?
▸Pourquoi le pandoro a-t-il une forme d’étoile à huit branches ?
▸Combien de temps se conserve un pandoro ouvert ?
▸Peut-on congeler un pandoro ?
▸Quel vin servir avec un pandoro ?
▸Le pandoro contient-il des fruits confits comme le panettone ?
▸Pourquoi mon pandoro maison ne lève-t-il pas ?
▸Quand mange-t-on traditionnellement le pandoro en Italie ?
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En 1851, Charles Heidsieck a pris le risque de fonder sa propre maison de champagne : Charles Heidsieck Champagne. En très peu de temps, il s'est fait un nom avec ses vins exceptionnels. Pour le vieillissement et le stockage de ses champagnes, il Jaune doré clair dans le verre. Au nez, un délicat parfum de brioche et d'abricots. Ce parfum est accompagné d'amandes. En bouche, de la finesse avec une douceur discrète et une minéralité agréable. Longue finale. Cépages : Pinot noir, Chardonnay,


